Le Niger qui a fêté ses 62 bougies en tant que République indépendante, sevrée du joug colonial français (le 18 décembre 1958) organisera les élections générales à partir du 13 décembre 2020 avec les élections municipales et régionales. Les élections présidentielles 1er tour qui débuteront le 27 décembre 2020 couplées aux législatives, consacreront la première alternance démocratique au Niger.

De manière unanime, tous les acteurs concernés par le processus électoral prônent l’alternance. Au niveau du principal parti au pouvoir, le Parti Nigérien pour la Démocratie et le Socialisme -PNDS Tarraya, ‘’ OUI pour l’alternance’’ mais du PNDS au PNDS. Du côté de l’opposition politique, la question de l’alternance est aussi à l’ordre du jour tel que définie par l’ancien président de la république et candidat investi du parti RDR Tchandji ‘’ nous, notre compréhension de l’alternance est très claire. Si alternance, il y’aura, il faut que ça soit d’un parti politique à un autre ‘’.

Le pays a raté sa première alternance en 2009 avec le projet de modification de la constitution de la 5e république par le président Tandja Mahamadou, qui a demandé aux nigériens un bonus de trois ans pour dit-il ‘’achever ses chantiers’’ (Tazartché ou continuité en langue Haussa). Ce qui a conduit à l’irruption de l’armée pour la 4ème fois dans l’arène démocratique.

L’alternance démocratique est aujourd’hui le véritable enjeu pour les partis politiques, candidats, société civile et les médias, puisqu’ils participent activement aux débats sur le code électoral, la biométrie, l’audit du fichier électoral, la Cour Constitutionnelle, la Commission Electorale Nationale Indépendante-CENI).
Cet activisme engendre des dérives y compris dans les réseaux sociaux.

L’éclosion du paysage médiatique

Ces médias qui constituent un levier important dans l’enracinement de la démocratie ont connu une croissance fulgurante.
Depuis l’avènement du multipartisme au Niger dans les années 1990, le paysage médiatique ne cesse de s’agrandir. D’une télévision et une radio publique et deux titres de presse à savoir le Sahel et le Sahel Dimanche, le secteur des médias a connu une explosion ces trente (30) dernières années.
On compte plus de cent trente (130) titres des journaux (deux publications d’Etat source : répertoire de la presse élaboré par l’ONIMED), seize (16) télévisions dont (deux (2) télévisions d’Etat), une trentaine des radios commerciales dont certaines disposent des relais dans les chefs-lieux des régions, les radios communautaires qui sont plus de deux cents(200) au plan national (source :répertoire des médias communautaires du Niger élaboré par le CSC).
A ceux-là, il faut compter avec les médias numériques en vogue depuis les années 2010. La majorité des médias sont installés à Niamey.

L’indépendance des médias

Le lien est alors étroit entre la création des médias privés et l’influence des hommes politiques sur ces outils de communication.
Parmi les responsables des médias, on note des députés, des anciens ministres, des leaders des partis politiques et des acteurs de la société civile. L’influence de ces derniers sur la ligne éditoriale de leurs médias est visible. Il est à constater la prédominance des informations et autres plages publicitaires dédiées à des candidats et leurs partis politiques au niveau des organes de presse dont ils sont propriétaires. Conséquence, les temps d’antenne ne sont pas les mêmes pour tous les candidats.
Outre le temps d’antenne réglementaire qu’offrent les textes, chaque candidat a le droit de payer des espaces sous formes de publi-reportages.
La censure ou l’auto censure n’est pas trop visible dans le paysage médiatique Nigérien pendant les élections. Les médias à travers les émissions qu’ils proposent aux candidats en tenant compte de la pluralité des candidats, de la diversité de leurs projets de société jouent le rôle d’éveil de conscience des citoyens pour que ces derniers puissent choisir les candidats n’ont pas en fonction de leur affinité envers tel ou tel candidat mais plutôt en fonction du projet de société qu’ils proposent aux citoyens.

L’influence des hommes politiques promoteurs des médias

Certains hommes politiques et promoteurs, l’ont fait savoir lors d’une rencontre entre le Conseil Supérieur de la Communication et les responsables des médias publics et privés sur la question de l’accès des partis politiques aux médias pendant la campagne électorale le vendredi 11. C’est le cas de l’ancien député et président régional d’un parti, monsieur Grema Boukar, promoteur du groupe de presse Anfani et le député Abdourahamane Oumarou, promoteur du groupe de presse Liptako Canal Espérance.

Qu’il s’agisse de la presse écrite, audiovisuel ou digitale, dans leur écrasante majorité, les médias nigériens sont influencés par le politique. En illustre le positionnement des médias en faveur de tel ou tel partis politiques et ou candidats.
Ce comportement conduit à des menaces (le cas de l’ancien ministre de la sécurité publique en charge de l’intérieur Hassoumi Massaoudou qui qualifiait les médias, des pros et anti gouvernement) et agressions des journalistes (agressions des reporters du groupe de presse Dounia : novembre 2015 lors des manifestations des partisans d’un parti de l’opposition) par des militants et partisans des partis politiques qui leur reprochent leur parti-pris.

Ce positionnement éditorialiste est susceptible d’isoler le média (en termes d’audience et de publicité) et met le plus souvent en danger les reporters qui sont le plus souvent confondus en sympathisants des partis et ou candidats auxquels ils prêtent leur service pour accroitre leur revenu. La précarité des journalistes est pointée de doigt comme conséquence d’un tel comportement. Au Niger les travailleurs des médias attendent toujours la signature de la convention collective interprofessionnelle. Les journalistes Nigériens dans leur écrasante majorité travaillent avec un salaire inférieur au SMIG de la fonction publique. Les promoteurs tardent toujours à signer la convention collective interprofessionnelle élaborée depuis plus de 5 ans, malgré la médiation des organisations socioprofessionnelles des médias et du ministère de la communication.

Le fait que les hommes politiques disposent de leurs propres organes de presse donne l’impression d’un traitement d’iniquité entre les candidats. Cette question constitue aujourd’hui le point d’achoppement entre les hommes politiques propriétaires des médias.
Les textes en matière électorale au niveau du Conseil Supérieur de la Communication exigent que si un média privé décide de prendre un candidat à titre gratuit, de faire autant pour les autres candidats.
Cette mesure prise par le Conseil Supérieur de la Communication est loin de faire l’unanimité entre l’institution chargée de régulation et les hommes politiques promoteurs des médias.

Régulation des médias y compris en période électorale

De façon permanente et particulièrement en période électorale, la régulation est conduite par deux structures à savoir : le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) qui est l’organe public de régulation et l’Observatoire Nigérien Indépendant pour l’Ethique et la Déontologie (ONIMED suivi des contenus des médias).

En prélude aux élections générales de l’année 2020-2021, l’ONIMED dans sa mission d’autorégulation, a d’ores et déjà en partenariat avec la MFWA organisé un forum de validation de guide de communication électorale et la mise en place d’une équipe de monitoring pour suivre le langage indécent des acteurs politiques à travers les médias.

Au cours des campagnes électorales passées depuis 2010, les médias ont couvert des communications politiques comportant le plus souvent des insultes, des discours dégradants orientés sur des personnalités politiques, des stéréotypes et des diffamations, comme l’a relevé ‘’le rapport de monitoring des contenus des journaux sur la période électorale Janvier-Février-Mars 2016’’ produit par l’ONIMED.
Pour garantir des élections crédibles et transparentes, toutes les parties prenantes sont appelées à faire preuve de responsabilité, car il y va de la stabilité du pays au-delà du Sahel et de l’espace CEDEAO comme l’a martelé Mohamed Ibn Chambas représentant spécial du Secrétaire général des nations unies pour l’Afrique de l’Ouest et le Sahel. Ces élections de 2020 « constitueront le transfert du pouvoir d’un Président élu à un autre, pour la première fois dans l’histoire du pays », a indiqué Mohamed Ibn Chambas. C’est dans cette optique que nous formulons les recommandations suivantes :
1- Assurer le respect du Code Electoral :

Vue le respect des lois sur la couverture des campagnes électorales et les heures d’antennes octroyées aux candidats, il est primordial que le Conseil Supérieur de la Communication (CSC) assure la mise en œuvre effective des dispositions réglementant l’accès des partis politiques et candidats aux médias.
2- Favoriser l’indépendance et la liberté des médias

Considérant qu’en période électorale les médias jouent un rôle crucial dans la promotion de la paix, et contribuer et la création d’un électorat informé, il est essentiel que les hommes politiques propriétaires des médias favorisent l’indépendance ainsi que le professionnalisme des organes de presse afin que ces derniers puissent mener à bien leurs missions.

Mamane JAHAROU

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